Liz Clark
Liz Clark

Il y a certaines personnes dans la vie qui sont juste absolument inspirantes. Vous savez, le genre qui vous font pétiller les yeux avec leurs histoires et qu’à les entendre ou à les lire naît en nous une motivation de vraiment vivre à fond et de plonger dans nos projets les plus fous? Et bien préparez vous, puisque Liz Clark est l’un de ces personnes.

Liz Clark est une surfeuse, une voyageuse et surtout une grande navigatrice. Liz a grandit en Californie et a été initié à la voile et au surf dès un jeune âge. En 1990, alors qu’elle n’avait que 10 ans, Liz est partie pour 6 mois sur un voilier avec sa famille, voyage qui aura changé sa vie. Même si elle était très jeune, elle a, à son retour, décidé deux choses: elle voulait faire sa part pour protéger la planète de la destruction humaine et elle voulait un jour être capitaine de son propre bateau. En octobre 2005, Liz est partie sur son voilier, Swell, pour le plus grand voyage de sa vie, toujours en cours à ce jour. Entrevue avec une femme absolument incroyable, Liz Clark:

Portrait by Mckenzie Clark
Portrait by Mckenzie Clark

Tu as quitté la Californie en 2006, en solo sur ton voilier. Si tu repenses à ce moment, croyais tu que 7 ans plus tard, cette aventure ne serait toujours pas terminée?

Pas consciemment, mais en y repensant, je crois que de manière subconsciente je me préparais pour une longue période. J’ai bien pris le temps de préparer le bateau correctement pour qu’il demeure fonctionnel et un bon endroit où vivre à long terme.

 

Est-ce que tout ça a débuté comme un simple projet ou est-ce que c’était une décision consciente d’en faire un style de vie?

 J’ai rêvé de faire cela depuis que j’ai 9 ou 10 ans, et puisque j’ai voyagé sur un voilier avec ma famille quand j’étais enfant et plus tard avec mon copain de l’époque en tant que jeune adulte, je savais que c’était un mode de vie qui me plaisait et que je recherchait. Mais lorsque je planifiais le voyage, je n’avais aucune idée de comment je subviendrait à mes besoins. C’était donc plus un projet à l’époque parce que je croyais que ce serait temporaire, où j’aurais vraisemblablement à retourner travailler aux É-U quelques mois par année.

 

Photo: Zeal Optics
Photo: Zeal Optics

Durant les préparatifs pour cette aventure, as-tu jamais douté de son aboutissement?

 Oui, oui, oui. La phase de préparation a été LONGUE et laborieuse. Je travaillais sur le bateau de jour et dans un bar local 5 à 6 soirs par semaine, en plus d’avoir encore la motivation d’un petit jeune à l’eau: manquer une session de surf me rendait folle, alors j’essayais vraiment de tout tout faire. La préparation a pris toute une année de plus que ce à quoi je m’attendais à l’origine et vers la fin, j’avais beaucoup de pression de ma communauté à partir puisque je disais aux gens que j’allais partir depuis longtemps déjà mais j’étais encore au port. La liste s’est étendue et nous avons trouvé plus de problèmes avec le bateau que ce que j’avais espéré avoir à gérer au départ. Finalement, quelques semaines après avoir quitté mon emploi au restaurant, j’ai navigué vers le sud jusqu’à Channel Island Harbor à Oxnard et j’y suis restée un mois avec ma fidèle équipe, Lames Lambden et Marty Spargur qui m’ont aidé à terminer les projets finaux. Leur travail a été extraordinaire, en profondeur et de haute qualité et autant à l’époque je souhaitais pouvoir faire avancer les choses plus rapidement, je sais maintenant que je suis super chanceuse qu’on ait pris le temps requis pour faire les choses correctement, puisque Swell m’a emmené en toute sécurité sur presque 20 000 miles nautiques à ce jour.

 

Liz Clark - Photo: Patagonia
Liz Clark – Photo: Patagonia

Comment fais tu pour passer par dessus tes doutes?

J’ai passé au travers puisqu’il n’y avait pas d’autre option dans ma tête. Je voulais tellement réaliser ce rêve que je ne pouvais pas tout lâcher et j’essayais de croire que ma patience finirait par payer à la fin!

 

Tu as visité plusieurs pays au cours des 7 dernières années, ce qui veut dire que tu as rencontré des gens de toutes sortes de cultures différentes. Comment les gens à l’étranger te perçoivent-ils, une femme voyageant seule, une capitaine de surcroît, une surfeuse et j’imagine, une femme très très indépendante?

Les réactions varient beaucoup. La plupart des gens sont très impressionnés et curieux et respectueux, mais il y a une poignée de gens qui, d’une manière ou d’une autre, se sentent menacés ou qui sont jaloux. C’est très intéressant. C’est vrai, je ne suis pas le « solo sailor » typique, alors ça attire l’attention, en négatif et en positif. Je garde le positif et j’essaie de ne pas prendre les réactions négatives de manière personnelle.

 

Quel est la période de temps la plus longue que tu as passé sans Swell depuis le début de ton voyage? Est-ce que tu trouve le changement de rythme difficile dans ces moments ou es-tu capable de garder ton propre rythme durant ces temps?

J’ai passé environ huit mois à terre en 2012. Ça faisait déjà 4 mois que j’étais aux États-Unis, pour une tournée de conférences pour Patagonia et pour rendre visite à ma famille et à mes autres commanditaires quand je me suis cassé la troisième vertèbre cervicale en faisant du body surf dans une petite vague de beach break à San Diego. Heureusement, c’était une fracture mineure mais je suis restée à San Diego avec ma famille le temps de me remettre. Ça a semblé long, mais je suis vraiment heureuse d’avoir été capable de me rétablir parmi ma famille et mes amis. Retourner aux États-Unis a toujours été un choc au début. Ça me prend quelques semaines à m’ajuster à la vitesse de la vie, aux foules, à la ville, la conduite et vivre dans l’espace de quelqu’un d’autre à nouveau. Puis éventuellement je change de vitesse et j’essaie de voir tout le monde et faire le plus possible pendant que je suis là, donc ça devient assez intense. Je n’aime vraiment pas décevoir les gens donc j’ai tendance à m’en mettre un peu trop sur les épaules!

 

Liz Clark- Photo: Patagonia
Liz Clark- Photo: Patagonia

Sur ton site web, tu parles de ton implication dans différents projets d’éducation et environnementaux; qu’est-ce qui s’en vient dans les prochains mois pour Liz Clark? Travailles-tu sur certains projets en particulier en ce moment et/ou dont tu aimerais parler?

Cette année, je travaille sur l’écriture d’un livre à propos de mon évolution personnelle dans ce voyage. J’ai mis ce projet en priorité en ce moment parce que je pense que ce que j’ai appris peut réellement aider et inspirer d’autres à trouver une direction qui a du sens pour eux ainsi que la paix dans leur propre vie, ce qui correspond directement avec nos enjeux environnementaux et sociaux, puisque je crois que pour résoudre les plus gros problèmes, on doit commencer à un niveau individuel. Il n’y a aucune chance de résoudre les problèmes de paix, de pauvreté et les problèmes environnementaux à grande échelle is nous même en tant qu’individus, nous n’avons pas la paix, une profondeur spirituelle, une diète et un style de vie respectueux de l’environnement.

Mon parcous pour en venir à cette conclusion est abracadabrante et incroyable et je crois que ça fera réfléchir les gens et les incitera peut-être à faire certains changements dans leur propre vie et ça me motive beaucoup.

 

Même si je sais que tu as dû avoir un nombre incroyable d’expérience toutes plus intéressantes les unes que les autres, est-ce qu’il y a une vague, un endroit qui t’as marqué plus que les autres pour une raison ou une autre?

Je dois dire que j’aurais vraiment de la difficulté à choisir, et même si j’y arrivais j’aurais de la difficulté à dire exactement où!

 

Patagonia Indonesia trip.
Patagonia Indonesia trip.

Qu’est-ce qui est le plus important pour toi dans ce périple?

Écouter mon coeur et toujours faire ce qui me semble être la bonne chose et non pas ce que les gens aimeraient que je fasse.

 

Et qu’est-ce qui est le plus difficile dans ce genre de périple, le style de vie?

On devient définitivement l’esclave de notre bateau – toujours en train de penser à la météo, réparer des trucs, frotter les algues, transporter de l’eau et de la nourriture, achaler les gens pour utiliser leur laveuse à linge et cuisiner pour soi-même tout le temps. Mais je crois que la chose qui est réellement la plus difficile est d’être loin de ma famille.

 

Tu as surement développé une relation particulière avec ton voilier, Swell. Qu’est-ce qu’elle représente pour toi en plus d’être ta maison et ton moyen de transport?

Swell a été le véhicule qui m’a servi à réaliser mes rêves. Elle m’a aidé à m’aimer moi-même et à trouver la paix dans mon propre coeur. Nous avons vécu toute une aventure, elle et moi, et je l’adore comme une amie très chère. Je lui ai donné de l’amour sur pratiquement tous ses pouces carrés – toujours en faisant de mon mieux, donc elle est remplie de cette bonne énergie et elle est vraiment mon « chez moi ». Ensemble, Swell et moi avons trouvé la liberté, de l’espoir pour un monde meilleur et une preuve que les rêves peuvent être extrêmement puissant.

Photo: Patagonia
Photo: Patagonia

Dans l’ère où nous vivons aujourd’hui, la grande majorité des gens voyagent par avion. Quel effet ça fait de voyager par la mer? Pour toi, mais aussi pour les gens que tu rencontres? Comment penses tu que les gens te perçoivent? Il est facile d’imaginer que tu obtiens un genre de respect instantané de la part des gens sur place, puisque tu n’as pas choisi la route la plus facile pour te rendre à ces endroits?

J’aime la vitesse plus naturelle à laquelle un voilier voyage, même si ça implique beaucoup de difficultés et de souffrances (J’ai le mal de mer!!). Le temps que je passe sur la mer me ramène toujours au présent, rien n’est plus important que de se déplacer de manière sécuritaire en bateau. En plus, ça donne une perspective plus réaliste de la distance et de la Grandeur de notre planète. Évidemment, tu arrives à destination avec une grande sensation d’accomplissement quand tu te rends à quelque part par tes propres moyens. Et oui, arriver à un endroit de cette manière provoque généralement le respect des gens sur place, surtout les pêcheurs et les surfers, qui comprennent réellement ce que ça implique. C’est un bon sentiment puisque tu n’as pas besoin de t’expliquer: la manière dont tu arrives, c’est assez.

 

J’imagine bien que tu as dû rencontrer plusieurs personnes incroyables lors de ton périple. Est-ce qu’il y a quelqu’un qui t’a réellement marquée et inspirée? Quelqu’un qui t’as fait voir les choses différemment?

J’ai rencontré le surfer légendaire Paul Lyle lorsque je me dirigeait vers le Mexique en 2006. Il vivait dans son surf shack à Nexpa, à réparer des planches, vivait simplement et toujours avec le plus gros sourire possible accroché au visage. Il nous a rapidement pris sous son aile, mon amie Shannon et moi, et nous a très subtilement transmis son savoir, jamais de manière agressive. Il m’a montré comment une vision positive peut changer ton expérience avec certaines choses, et comment utiliser l’humour est la seule manière de gérer les défis quotidiens sur un bateau et dans les endroits moins développés. Il était incryablement généreux, toujours encourageant, gentil, et plein de compassion. Il donnait plus de vagues qu’il en prenait et essayait toujours d’aider les gens autour de lui. Il ne se souciait pas du futur et semblait croire qu’il aurait ce dont il aurait besoin au moment où il en aurait besoin.

J’étais plutôt tête de mule à l’époque et je n’appréciait et n’arrivait pas à ingérer son avis à ce moment, mais petit à petit j’ai réussi à appliquer ses enseignements, lorsque j’ai commencé à voguer vers le sud, et ce qu’il m’a enseigné a totalement changé mon périple. Nous gardons contact et il m’offre souvent des embrassades, sourires, planches de surf, livres et même mon machete chéri, fait à la main, quand nous nous croisons ici et là. Il est mon héros, c’est certain!

Et juste pour terminer le tout, où es-tu sur la planète en ce moment, et vers où te diriges-tu?

Je suis présentement en Polynésie Française et je planifie aller d’une île à l’autre jusqu’à ce que j’aie terminé ou bien avancé mon livre… donc je ne sais pas trop jusqu’à quand ce sera!

Swell wing and wing crossing the Pacific (1)
Swell wing and wing crossing the Pacific (1)

Un gros merci à Liz Clark pour avoir pris le temps de répondre à nos questions! Continue de nous inspirer avec ton super travail!

 

Suivez les aventures inspirantes de Liz Clark sur son blog: www.swellvoyage.com

Dominique Granger