Mexique: Quand la culture du surf connecte les communautés

Parfaitement orientée pour recevoir à la fois le swell de l’hémisphère sud et celui du nord, la côte de l’état du Guerrero au Mexique, communément appelée Costa Grande, regorge de vagues déferlantes peu achalandées. Les surfeurs à l’affût le savent depuis déjà un bon moment. «J’ai découvert le potentiel en 2005. Ce printemps-là, un des plus gros swell enregistré en 20 ans s’annonçait, mais c’est aussi l’année où les cartels de drogue ont fait plus de 200 morts dans la région», raconte Gabriel Denis, un surfeur québécois qui fréquente le Guerrero depuis plus de 12 ans. Si la constance des vagues, la richesse des traditions, la bonté des gens, les mets tipicos, voire même le phénomène des narcotrafiquants attirent la curiosité des voyageurs en soif de dépaysement, l’avènement de la culture du surf attire quant à elle la curiosité des locaux.

Crédit photo: Catherine Bernier

Le surf a été importé dans les années 1960 à Acapulco par les gringos selon le président de l’Association de surf de l’Etat de Guerrero. Acapulco fût autrefois une destination fétiche des vedettes et touristes américains. Aujourd’hui, la ville a perdu de son charme et est devenue l’une des plus violentes du pays dû à la brutalité des cartels. Le surf persiste malgré la tension et demeure une échappatoire pour les jeunes mexicains, se sentant en sécurité dans l’eau. Animés par le sport, plusieurs tentent de vivre de leur passion. Ils ouvrent leur propre école de surf, leur surfshop et leur restaurant dans des villes un peu plus sécuritaires et où le surf est tout aussi bon, notamment dans les environs de Zihuatanejo. Toutefois, la corruption est une réalité qui malmène toutes les régions confondues.

Des initiatives locales qui rapprochent

Le guide touristique Guia Zanka est l’un des fruits de cette mobilisation. Ce projet a pour but de mettre en valeur les commerces de la région d’Ixtapa-Zihuatanejo et de donner une voix à la communauté locale de surf de même qu’aux projets environnementaux et sociaux. Le contenu au design recherché est destiné autant aux Zankas qu’aux visiteurs. Dans ce contexte, le surf est vu comme un élément clé de développement régional et un point de rapprochement entre les deux.

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Le surfeur québécois Gabriel Denis fréquente les vagues du Guerrero depuis plus de 12 ans.

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«C’est le fun de voir que les Mexicains ont développé leur propre vision de la culture du surf! Je ne viens pas ici pour me confronter à ma propre culture, mais pour en apprendre sur celle d’ici. Ils partagent généreusement leurs spots, sourires fendus jusqu’aux oreilles. Même s’ils aiment s’inspirer de la culture américaine, les Mexicains auront toujours leurs façons de faire bien à eux, leur signature tipico et c’est ce qui en fait la beauté de la chose» – Gabriel Denis

LOOT, fondé par deux architectes Andres, Mexicain d’origine & Tara, Canadienne, est un hub international à la créativité influencée par la culture du surf, des arts et de la musique. Un endroit où l’on peut manger, travailler, se renflouer en produits locaux et internationaux, ainsi que suivre des artistes, sur scène comme en exposition. Le couple a d’ailleurs voulu recréer le rassemblement artistique qu’avait lieu autrefois dans les années 70, ici à Zihuatanejo. L’initiative évoque le désir de connecter le meilleur de la culture mexicaine aux inspirations d’ailleurs.

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Les deux fondateurs tentent parallèlement de développer des compétitions de surf en partenariat avec les communautés environnantes. Prochainement, le contest international de longboard Mexi Log Fest 2017 aura lieu au nord de la ville de Zihuatanejo. Il est organisé en collaboration avec le «Quebecican» Israel Preciado (un mexicain qui a beaucoup d’amis québécois et vice versa), ambassadeur bien connu dans le milieu du surf de cette région. L’événement est attendu par la communauté locale puisque l’économie du village est basée majoritairement sur le surf. Un peu moins attendu par contre pour ces visiteurs qui pensaient avoir trouvé un secret spot! Un débat certes familier dans l’univers du surf à l’équilibre fragile qui heureusement semble avoir été bien compris des organisateurs.

Des initiatives d’ailleurs pour la communauté d’ici

De manière générale, la culture du surf propose un schème de valeurs ayant un effet positif chez ceux qui gravitent autour. Elle semble provoquer le désir de s’ouvrir vers le monde, de respecter son environnement, de maintenir de saines habitudes de vie notamment en mangeant mieux et en prenant soin de son corps et de son esprit. Un peu de lumière pour le peuple mexicain qui vivent dans une réalité de corruption incessante.

Depuis les dernières années, des voyageurs, notamment des surfeurs de partout dans le monde se sont installés au Mexique pour bénéficier du style et du rythme de vie d’ici. Certains y voient une occasion de développer des affaires en partenariat avec les Mexicains alors que d’autres y voient l’opportunité de sensibiliser la communauté à de saines habitudes de vie. Une complémentarité évidente pour plusieurs. «Je ne sais pas si c’est le fait que nous soyons latins tout comme eux, mais les liens se font naturellement. Ici, j’ai l’impression que le meilleur de moi-même ressort et j’ose espérer que je leur apporte quelque chose», nous confie Gabriel. Du moins, c’est ce que Allyson Germain, une amie de Gabriel, fait concrètement, tous les jours.

Allyson Germain

 

 

Originaire de Québec, Allyson a fondé son propre studio de yoga : Ynergia, à La Noria, le plus vieux quartier de Zihuatanejo. Les vagues l’ont d’abord menée dans la région pour ensuite découvrir l’authenticité et le dynamisme du quartier. Depuis, elle a adopté Zihuatanejo pour se forger une vie à la hauteur de ses valeurs. «Le bien-être de vivre simplement, la chaleur humaine, danser et se laisser aller, profiter des ressources naturelles qui nous entourent sont de belles valeurs d’ici», mentionne Allyson. Le quartier l’a adopté à son tour, la laissant partager sa bonne énergie à l’intérieur de ses terres arides et ses vagues salées. Sa pratique s’imbibe de son expérience de yogi à Vancouver, tout comme des traditions de méditation ancestrale mexicaine. Comme quoi le mélange des cultures peut s’avérer un heureux mariage!

«Mon but est de développer une communauté de yoga avec et pour les gens d’ici et d’instaurer le réflexe de prendre soin de sa santé et de son environnement. Tout est à bâtir, mais c’est un défi qui me motive. On voit apparaître quelques bacs à recyclage, même dans les plus petits villages. C’est encourageant, je sens qu’un mouvement prend forme et j’ai le goût d’y faire partie» – Allyson Germain, fondatrice de Ynergia

La grande famille LOOT a d’ailleurs supporté Allyson à se faire connaître comme yogi et à mieux comprendre les rouages des affaires dans la région. Elle les a à son tour aidé à gérer leur marque en transposant ses savoirs de Brand Manager. Ici à Zihuatanejo et ses environs, la culture du surf, c’est avant tout une histoire de famille et de partage, des valeurs ancrées dans la culture mexicaine.

On dit souvent que l’avènement du tourisme peut détruire la nature, voir même diffuser la culture, mais un regard positif semble s’émanciper ici dans l’état de Guerrero. D’une part, des initiatives locales, telles que LOOT et Guia Zanka font briller le Mexique et établissent des liens plus authentiques avec les visiteurs. D’autre part, des voyageurs tels que Allyson participe à l’essor de la région en y transposant de saines habitudes de vie et démontre un profond respect pour la culture, tout comme Gabriel tente de la découvrir dans toute sa réalité. Enfin, on sent un échange positif entre les deux peuples, d’égal à égal, à l’image de l’énergie qui règne dans les line-up mexicains.