Le sang des règles attire-t-il les requins?

Dernièrement, le surfeur de grosses vagues Laird Hamilton affirmait que la principale raison pour laquelle les humains se font attaquer par les requins est qu’ils ont été attirés par le sang des règles d’une femmeMais qu’en est-il vraiment? Les requins peuvent-ils réellement sentir la moindre goutte de sang à des kilomètres? Les surfeuses sont-elles plus à risque? Distinguons le mythe de la réalité.

Par Lila Ait

Évidemment, quand une femme a ses règles, une certaine quantité de sang se retrouve dans l’eau. Mais cela signifie-t-il que nous devons nous abstenir de surfer ou de nous baigner pendant que nous subissons la malédiction d’Ève, au risque de finir comme la femme dans cette publicité de Tampax? C’est apparemment ce que croient certains. Pour avoir l’heure juste, voyons ce qu’en disent les scientifiques.

D’abord, un requin peut-il déceler du sang dans l’eau ? « C’est possible, mais le risque est minime pour les surfeurs », répond Jeffrey Gallant, directeur scientifique de l’Observatoire des requins du Québec. « S’il y a une dense concentration de sang dans l’eau et qu’un requin passe par là, il va essayer de remonter à la source », explique le chercheur. « Sauf qu’il faut saigner abondamment, comme dans un écrasement d’avion, lorsqu’il y a beaucoup de victimes.»

L’idée qu’un requin puisse détecter une goutte isolée est donc une exagération. « Si on se blesse, vaut mieux ne pas rester là, mais ce n’est pas inquiétant pour des activités de surf puisque le mouvement de l’eau va diluer le sang. Il y a toujours un risque, mais il est moindre dans une mer agitée, contrairement à une eau stagnante.»

Le sang menstruel VS. d’autres types de sang

En ce qui a trait plus spécifiquement au sang menstruel, il ne fait pas d’une femme dans sa semaine une proie potentielle. « La quantité est insignifiante, et la qualité du sang n’est pas la même que celui d’une plaie », explique monsieur Gallant. De fait, le flux menstruel est composé d’autres substances et n’est donc pas comparable au sang qui circule dans une artère.

Le sang humain n’est pas non plus comparable au sang des autres mammifères. Autrement dit, nous ne faisons pas partie du régime alimentaire normal des requins. « On a eu plus de succès à attirer des requins avec du sang de phoque ou de poisson qu’avec du sang de porc, par exemple», poursuit le scientifique. La plupart des attaques perpétrées par des requins sur des humains sont effectivement commises par erreur. L’image du requin qui s’acharne sur des humains – telle que relayée fréquemment au cinéma  – relèverait donc davantage du mythe que de la réalité.

Proie ou prédateur?

Beaucoup de surfeurs sont observés de loin par le prédateur des mers. «La plupart des requins n’ont jamais vu d’humains. Lors d’une rencontre, ils vont avoir un intérêt, ils vont trouver ça inusité. Ils regardent et se demandent si c’est mangeable. » Mais soyez rassurés, ces derniers réfléchissent par deux fois avant de se servir. «Par instinct de survie, ils hésitent de s’en prendre à de grosses proies qui risquent de se défendre, car si un requin se blesse, les autres requins l’achèvent. Ils n’attaquent que s’ils jugent n’encourir aucun risque.»

shark attack hot spots

Si les attaques sont rares, des régions comme la Californie, la Floride ou l’Afrique du Sud font figure d’exception. Les requins s’y retrouvent à certaines périodes de l’année pour se nourrir et se reproduire. Comme ce sont des spots prisés par les surfeurs, les rencontres sont plus probables. « À ces endroits, les courants marins rendent la visibilité mauvaise. Quand un requin mord, c’est souvent en eau peu profonde. Le requin voit seulement les jambes de sa victime, puis après l’avoir mordu se rend compte qu’elle est plus grosse qu’il ne l’imaginait », précise le scientifique. C’est ce qui explique qu’il va souvent abandonner sa proie, comme c’est arrivé à la surfeuse Bethany Hamilton.

Une centaine d’attaques de requin sont repertoriées chaque année. De ce nombre, seulement une dizaine seraient mortelles. À l’inverse, les humains tuent en moyenne trois requins par  seconde, pour récupérer leurs ailerons.* Des chiffres qui portent à réfléchir.

* Selon des statistiques de l’organisme Planetoscope