Les dessous de Perilous Sea avec Mike Bromley et Ryan Meichtry

Photo par Trevor Pikhart

Un sentiment de fierté s’apparentant presque à un sentiment d’appartenance nous anime lorsqu’on visionne Perilous Sea (mer périlleuse), réalisé par le Canadien Mike Bromley originaire de la Nouvelle-Écosse et son coréalisateur Ryan Meichtry, originaire de L.A en Californie. Le long métrage est d’ailleurs le premier film de surf qui se déroule entièrement dans l’Atlantique Nord, loin des ciels bleus et des vagues chaudes. Il aura fallu 3 années consécutives de tournage dans les coins les plus gelés et accidentés par l’océan Atlantique pour arriver à mettre en oeuvre la vision de Bromley et de Meichtry.

Inspiré du roman populaire des maritimes : “Perilous Sea” met en vedette l’océan Atlantique sous son profil le plus sombre et vilain des maritimes canadiennes, de l’Islande et de l’Irlande. Au plus grand dévouement des pros surfeurs de la côte est : Logan Landry (Nouvelle-Écosse), Will Skudin (New York), Sam Hammer (New Jersey), au contraste des surfeurs de la côte ouest : Noah Cohen (BC) et les Californiens : Noah Wegrich, Kevin Schulz, Wilem Banks et Dane Anderson. Sans oublier les surfeurs à l’antipode : Noah Lane (Irlande) et Heidar Eliasson (Islande).

The crew

SURF TALK AVEC BROMLEY ET MEICHTRY

Mike, comme tu as grandi en Nouvelle-Écosse, tu connais bien l’aire de jeux. Quelles sont les similitudes et les différences au regard des autres spots de surf?

BROMLEY toutes nos destinations pour le film avaient quelques points en commun. Ils étaient extrêmement froids et inconsistants haha. Disons qu’il était difficile de “scorer” où nous le souhaitions et au bon moment. La bonne chose à propos du tournage en Nouvelle-Écosse, c’est que c’est ma maison et mon équipe d’amis. J’ai passé des années à explorer la côte et étudier les prévisions. C’était évidemment plus “facile” d’accomplir notre travail en raison de nos connaissances locales, mais ceci dit, nous étions encore à la merci de l’inconstance de l’Atlantique Nord pendant des semaines, des mois et des années.

Nouvelle-Écosse

Comment décrirais-tu la scène canadienne de surf?

BROMLEY — La scène canadienne se développe de manière fulgurante, c’est plutôt incroyable. La côte ouest est sa propre bête. Chaque fois que je visite Tofino, c’est un tel voyage. Ça ressemble à Huntington Beach, mais en version plus agréable. Parfois, je n’en reviens pas comment le surf est gros. La côte est quant à elle est encore relativement inexploitée. Bien sûr, elle a été plus occupée ces derniers temps, mais sur l’ensemble des choses, ce n’est rien. Le boom se produit, mais l’Est demeure encore un endroit assez spécial. Ensuite, vous avez les Grands Lacs et les surfeurs de rivières. Ces gars sont tout simplement insanes de surfer dans l’eau aussi froide et d’une qualité de vagues aussi médiocres. Je pense que de tous, ces eux les plus fous!

Comme nous n’avons pas vu beaucoup de films de surf produits par des Canadiens depuis un certain temps, comment attendez-vous la réaction de la communauté canadienne de surf?

BROMLEY — J’espère que les Canadiens l’aimeront bien sûr, mais nous avons également fait ce film pour ne pas être coincés dans la colonne «un film de surf canadien». C’est sympa que les Canadiens s’intéressent au film, mais nous voulons montrer nos lieux et nos équipes à une scène internationale aussi. Quoi qu’il en soit, le support local est quelque chose de vraiment spécial.

Qu’en est-il du timing avec Sea Wolf produit par Ben Gulliver, un réalisateur de la côte ouest?

BROMLEY Les gens pensent que Ben Gulliver et moi faisons des films similaires, mais vraiment, ils sont tellement différents. Ils montrent tous les deux des surfeurs locaux et internationaux en 5mm, mais c’est tout. Ben et moi sommes devenus de bons amis. Nous allons essayer de combiner quelques premières de film au Canada. Nous n’avons pas encore vu nos films respectifs, alors il sera amusant de passer du temps et de les regarder ensemble pour la première fois.

Il semble que beaucoup de gens sont impressionnés par l’idée de surfer en «conditions de froid» et pensent que les surfeurs qui le font sont un peu fous. Qu’est-ce que cela signifie pour vous, surfer dans ces conditions?

MEICHTRY — quand je pense à pagayer en eaux froides, je pense à la solitude. Quand il fait froid, seuls les plus “crinqués” sortiront.

BROMLEY — Yep, Ryan tu tombes pile. Aujourd’hui, avec la nouvelle technologie de wetsuit, ça n’a vraiment plus d’importance. J’ai eu quelques amis venant de climats plus chauds qui sont venus me visiter et ils étaient si nerveux à l’idée d’être gelés, mais cela ne se passe qu’après plusieurs heures. Je dis toujours aux gens qui pensent que le surf en eaux froides est un truc fou : ne vas-tu pas sans aucun doute surfer un parfait spot de surf vide en échange de mitaines et d’un hood ? Ça me semble être un commerce équitable.

LOGAN LANDRY (surfeur de la N-É.) — Pour moi, l’idée d’être un “surfeur d’eau froide” est inexistante car c’est quelque chose dans lequel j’ai grandi et si je voulais évoluer, je devais sortir en hiver, alors je ne pense vraiment pas que faire du surf en eau froide est quelque chose de spécial.

Islande

Surfer des endroits éloignés est plus populaire que jamais, selon vous, qu’est-ce qui peut expliquer cet engouement?

MEICHTRY — Les surfeurs sont des explorateurs. Indépendamment de la localisation, du niveau de compétence ou du type de planches, tous les surfeurs veulent explorer. Ça a toujours été ainsi. Nous rêvons tous de surfer dans un coin lointain du monde et de partager des vagues parfaites avec quelques amis, c’est dans notre ADN. Si cela semble plus populaire que jamais, c’est peut-être que les files d’attente des spots locaux se multiplient ou que simplement, les gens aient envie de romantiser/fantasmer sur l’aventure. Vivre dans un cubicule de neuf à cinq, cinq jours par semaine, 365 jours par année, c’est déprimant. Bien que stable. Il est préférable de continuer à rêver à cette prochaine aventure.

Pourquoi avez-vous décidé de produire un film multi destinations, pourquoi ne pas avoir uniquement choisi le Canada?

BROMLEY — il était évident pour nous d’inclure le Canada, mais nous voulions vraiment attaquer notre idée de filmer l’Atlantique Nord et de bien le faire. Le film, à l’origine, devait se dérouler en Islande seulement, mais après quelques incidents là-bas, nous avons décidé de nous étendre à d’autres endroits.

MEICHTRY — Présenter l’Atlantique Nord, ses différentes humeurs, le terrain et bien sûr les incroyables vagues dans chacun des endroits était notre but premier. Nous avons aspiré à être le premier film de surf basé uniquement dans cette région.

Vous êtes arrivé à rassembler une distribution variée de surfeurs. Comment était la dynamique du groupe pendant le projet?

BROMLEY — nous avons commencé le film avec l’idée d’impliquer seulement des « surfeurs d’eau vraiment froide ». Ensuite, cette idée a rapidement évolué à l’idée d’inclure les Californiens qui surfent en eaux froides également. Tous les talentueux surfeurs du film étaient presque tous nos très bons amis, ce qui a rendu les voyages et les temps d’arrêt plus faciles et toujours amusants.

Pourquoi était-il important pour vous d’avoir tous ces surfeurs dans votre film?

MEICHTRY — chaque surfeur apporte son style et sa personnalité, ce qui ajoute à la dynamique du groupe. Noah Wegrich a ce style décontracté et groovy qui fait qu’il a toujours l’air de surfer sans effort. L’expérience de Will Skudin et de Noah Lane dans les vagues plus denses trompe-l’oeil car ils n’ont même pas l’air d’avoir peur. La raison pour laquelle la diversité est importante est que cela ajoute de la profondeur au produit final.

BROMLEY — nous voulions nous assurer que nous avions toutes nos bases couvertes. Cela signifiait que nous faisions le tour autant avec une petite vague groovy, qu’un mur épais ou une vague aérienne. Je pense qu’il est important d’être réaliste à ce sujet, pour éviter le plus possible de jours où rien n’est possible lorsqu’on est en voyage.

Noah Wegrich

Comment ont-ils réagi lorsque vous les avez approchés pour le projet?

BROMLEY — haha pour être honnête, au début les gars étaient excités, mais personne ne savait vraiment ce que nous essayions de créer. L’excitation a grandement augmenté avec chaque voyage, car ils pouvaient voir ce que nous avions déjà filmé.

LOGAN LANDRY — Le projet est apparu et nous ne connaissions vraiment pas l’ampleur de celui-ci jusqu’à la mi-parcours. Le casting est composé d’amis d’ici et de ceux rencontrés le long de notre chemin en voyages, ça rend le travail particulièrement agréable et facile à embarquer.

Quelle est la chose la plus difficile que vous avez dû faire face lors du processus de réalisation du film?

MEICHTRY —  Le temps! C’était de loin la partie la plus stimulante de ce film. Essayer de prédire la météo et le film pendant l’hiver dans l’Atlantique Nord, c’est brutal! Haha! Peu importe ce que les prévisions météo/surf indiquent, vous ne savez jamais à quoi vous attendre. En fait, faites-vous une faveur et prévoyez d’être déjoué plus d’une fois.

BROMLEY — Oui, comme Ryan l’a dit, la lutte contre l’Atlantique Nord n’était pas seulement la chose la plus difficile réalisée dans nos carrières cinématographiques, mais peut-être aussi dans notre vie personnelle. Le transport de l’équipement de la caméra autour des emplacements sur lesquels nous avons tenté de filmer était loin d’être simple. L’appariement de la météo à notre vision artistique était plutôt difficile à capturer parfois.

Une personne qui ne comprendrait pas l’essence de votre film dirait …

MEICHTRY — Ce film suck et diable, qui est ce vieillard?! Haha.

Une personne qui comprendrait bien votre film dirait…

BROMLEY —  J’aime le film, le froid looks presque good et la musique est originale.

Quelle est a été la chose la plus difficile à gérer : les surfeurs ou la nature ?

MEICHTRY — traiter la nature est la partie la plus difficile. C’est seulement prévisible à un certain point, vous devez certainement avoir un peu de chance de votre côté. Quant aux surfeurs, ils veulent simplement surfer. Si vous avez une bonne équipe qui a faim dans n’importe quelles conditions, qui peut rire des “défaites” le jour et saluer les victoires le soir, tout ira bien.

Qu’avez-vous appris lors de ce projet?

BROMLEY — nous avons appris à mieux lire la nature, comment travailler en équipe et résoudre des problèmes. Tous les jours du voyage, il semble que nous étions confrontés à quelque chose. Je me suis rappelé que le travail d’équipe ça vaut tout. Que ce soit Ryan et moi-même qui travaillons ensemble pour créer le projet, autant que tous les surfeurs qui ont porté leurs matériels et marchés sur des terrains gelés puis surfés plus longtemps que prévu pour capter une scène rapidement, tout le monde l’a fait pour le bien du film et tout le monde a travaillé si bien ensemble. J’en serais toujours reconnaissant.

MEICHTRY — je pense que nous avons tous deux appris que sur un projet comme celui-ci, on doit être flexible et prêt à résoudre des problèmes parce que vous allez en avoir et nous en avons eu. Vous ne pouvez pas vous attendre à ce que les choses se passent exactement comme prévu. Nous n’avions pas non plus de soutien pour ce film et nous l’avons financé par nous-mêmes, nous avons donc dû utiliser notre temps aussi judicieusement et créativement que possible. Nous n’avions pas la possibilité de filmer dans chaque endroit que nous voulions et de faire plusieurs voyages par année.

Quel est votre prochain projet?

MEICHTRY —– Quel est le prochain? C’est une excellente question. Je pense que nous avons deux idées derrière la tête, mais pour le moment, je veux juste surfer quelques vagues.

BROMLEY — Les idées coulent toujours, mais j’aimerais tirer quelque chose avec du surf de grosses vagues, du lourd, bien lourd… Mais, comme Ryan l’a dit, c’est un bon moment pour profiter du film qui vient d’être diffusé et de surfer!


Suivre le projet de près : http://perilousseafilm.com/

Triple diffusion extérieure jeudi le 14 Septembre à Le Virage Montréal (PERILOUS SEA en première) : se procurer un billet!

Bromley et Meichtry seront des nôtres!