«Lost In The Swell» affronte l’Afrique sauvage

Éléphants sauvages, rivières infestées de crocodiles et océan rempli de requins-bouledogues: le trio de Lost In The Swell nous revient en force le 10 mars prochain avec la plus «wild» de leurs aventures.

Dans leur 3e saison intitulée «Le Paradis Perdu», les bretons Ewen, Aurèl et Ronan explorent la côte africaine en fat bike pour réaliser le rêve de tous les surfeurs: découvrir des vagues que nul n’a surfé auparavant. Un trip parsemé des dangers qu’abrite la jungle et qui ironiquement, les protégera de la menace réelle qui les guette dans les villes.

Crédit photo: Lost In The Swell

Arpenter le Gabon en fat bike

« On recherchait un endroit reculé et inexploré mais il y en a de moins en moins sur la planète. […] Au fil de nos recherches, on est tombé sur le Gabon. On a vu que potentiellement il y avait de bonnes vagues, une côte inexplorée et énormément d’animaux. » – Ewen Le Goff

S’ils ont trouvé des vagues vierges au Gabon, Ewen Aurèl et Ronan ont dû le faire au prix coûtant. Pour accéder aux coins les plus reclus du pays, c’est dans l’une des formes les plus élémentaires de transport que le trio s’est déplacé pendant plus de deux mois: sur deux roues de fat bike en bambou. En plus de n’émettre aucun gaz à effet de serre, les fat bikes ont permis aux surfeurs de transporter leurs bagages et provisions de nourriture dans une remorque tout en étant près des vagues. Une expédition sportive qui tout de même, se prépare à l’avance.




« On a fait un premier test de 400 km en Aquitaine (en France) avant de partir dans des contrées reculées. On s’est rendu compte que c’était très dur, que les pneus n’étaient pas assez larges et ceux des remorques pas adaptés », nous explique Ewen. L’initiative aura permis aux surfeurs de réajuster le tir avant d’entamer les 850 kilomètres qui les attendaient en Afrique, soit l’équivalent approximatif de la distance entre Québec et New-York, ou celle séparant la frontière nord de la Californie à celle du sud.

Une part de technologie pour la survie

Une fois arrivés, c’est grâce à leur contacts locaux mais aussi aux cartes satellites sur un téléphone que les bretons ont pu s’orienter. Est-ce que le trip aurait été possible s’il avait été réalisé de façon entièrement naturelle, sans technologie? «C’est possible mais je suis pas sûr qu’on aurait réussi si on n’avait pas eu ça. Je pense que ça aurait été plus dangereux. Pour nous, c’était le seul moyen de trouver de l’eau potable. Mais même si on l’avait, on ne savait pas si les lagunes avaient de l’eau salée ou de l’eau douce», explique Ewen. Restait donc tout de même une part de défi relevant de techniques de survie.

3 vagues vierges, 3 baptêmes

Au total, ce sont trois vagues que le trio de Lost In The Swell a découvert. La première, c’est au sud du pays qu’ils l’ont trouvée, au tout début de leur surf trip atypique. « L’idée c’était de commencer par une réserve naturelle (Moukalaba-Doudau) pour être accompagnés d’un écogarde», se souvient Ewen. C’est à 60 km au sud de la réserve, à la frontière du Congo, qu’ils tombent sur «la Gauche de Bambi», qu’ils nomment d’après les antilopes qui s’y abreuvent.

« On a eu de bonnes vagues, mais c’est compliqué de bien surfer un spot pour la première fois voire même les sessions suivantes! […] Il y avait aussi le stress à l’idée de rencontrer les requins qui gravitaient autour de nous. Rajoutez à cela les crocos du Nil qui ont été repérés par des pêcheurs… Sans parler du courant qui nous décale à une vitesse phénoménale. […] Le bilan était parfois catastrophique. » – Aurèl Jacob via Oxbow

Après la «Gauche de Bambi», les gars découvriront plus au nord «le spot en bois» qu’ils nomment ainsi en raison du nombre de troncs d’arbres sur la plage, de sa complexité et de leurs moments de galères. Finalement, c’est «Tarzoon» qui constituera le graal de leur trip. Aurèl explique avoir trouvé le nom d’après un vieux dessin animé qui caricature Tarzan, que leur a rappelé Ronan, le caméraman, après avoir été obligé de grimper dans des arbres, là où la vague termine sa course.

Dangers de la savane

« Niveau physique et niveau dangers potentiels avec les animaux, ça été le plus dur [de tous nos trips] », confesse Ewan. C’est d’ailleurs cette forte présence faunique qui différencie le voyage de Lost In the Swell au Gabon des précédents effectués en France, aux îles Salomon et en Indonésie.

« Sur la plage, hormis la pollution de plastique et du pétrole, il y avait des traces d’animaux partout. [] C’est le livre de la jungle quoi! » – Ewen Le Goff

Que ce soit dans l’eau munis de leur wetsuit anti-requins ou sur la terre ferme, les gars se sont retrouvés plusieurs fois dans des situations à risque. Notamment face à des hippopotames, qui représentent les mammifères les plus meurtriers en Afrique dû à leur caractère territorial. Les éléphants n’arrivent pas très loin derrière, qu’Ewen, Aurèl et Ronan ont vus de près après s’être fait charger trois fois!

En jouant avec le danger et ses limites, c’est à se demander si le trio de Français n’était pas à la recherche d’une confrontation avec la mort? « On est plutôt à la recherche d’un endroit sauvage. Après, ça c’est un peu les conséquences. C’est aussi dû à la facilité du monde moderne, de voir ce que ça fait aussi de descendre dans la pyramide de la chaîne alimentaire », admet Ewen.

Forcés de quitter le pays

Malgré les nombreux dangers de la nature sauvage auxquels ils se sont exposés, c’est ironiquement une menace politique dans les grandes villes qui écourtera le voyage des trois amis d’enfance. Des élections truquées* par les deux camps adverses formés par Ali Bongo, au pouvoir depuis une trentaine d’années, et par son rival et beau-frère Jean Ping, ont provoqué le soulèvement et la grogne du peuple gabonais. Ewen nous explique le chaos qui régnait alors au pays.

« Le jour des élections (le 27 août 2016), on est parti dans une réserve naturelle. On en est ressorti une dizaine de jours plus tard, et là les résultats étaient tombés. Des écogardes nous ont dit qu’il y avait des manifestations, que le pays était en feu, qu’on avait brûlé des maisons, que des prisonniers s’étaient échappés.

« Les communication ont été coupées entre temps pour éviter les émeutes. On ne pouvait plus aller sur les réseaux sociaux, ne pouvait plus envoyer de textos. Et voilà, y’a eu des morts** » – Ewen Le Goff

 

Il poursuit: « On s’est dit que c’était mieux d’être dans le jungle plutôt que d’être en ville. Sauf que le Gabon importe énormément de denrées alimentaires et du fait des tensions dans le pays, tous les autres ont arrêté d’exporter au Gabon. Donc il n’y avait plus de nourriture et ça a commencé à être problématique. On a appris qu’ils comptaient les voies dix jours plus tard, durant lesquels on savait que ça allait être calme et que c’est uniquement quand ils annonçeraient le résultat que ça allait potentiellement péter. Alors on a profité de ces dix jours-là pour partir. »

Si les gars se sont privés des 80 km qu’il leur restaient à franchir, ils sont revenus dans leur France natale sains et saufs. Entre le climat politique instable et les bêtes féroces, cette troisième saison de Lost In The Swell s’annonce mouvementée. Une épopée qu’on ne veut surtout pas manquer dès le 10 mars sur leur chaîne YouTube.

 

*Dans la province natale d’Ali Bongo, le taux de participation a atteint le chiffre exceptionnel de 99,98% alors qu’il frôlait à peine les 60% dans l’ensemble du pays.
**Les émeutes qui ont eu lieu principalement dans la capitale Libreville ont fait un minimum de 3 victimes selon les autorités officielles. L’opposition porte plutôt le bilan à une quinzaine de morts, basé sur des informations provenant de la morgue.