Le surf hivernal…

Koreski
Crédit photo: Jeremy Koreski Photography

Depuis quelques années, on assiste à une tendance chez de nombreux surfeurs qui consiste à se déplacer pour aller surfer les eaux les plus glaciales de la planète. Rompant avec l’image du beach boy bronzé aux cheveux blondis par le soleil, le surf hivernal renoue avec l’essence même du sport, c’est-à-dire, la recherche, presque pionnière, de vagues vierges mais également le dépassement des limites personnelles. De nos jours, alors que les avancées technologiques permettent aux fabricants de wetsuits d’offrir de l’équipement à l’épreuve des températures presque sibériennes, la surpopulation des spots les plus connus amène de nombreux athlètes à regarder vers le nord pour y retrouver un peu de liberté. Les pro surfeurs se poussent non seulement à rider des vagues de plus en plus colossales comme ce fut le cas récemment à Nazaré au Portugal, mais également, à s’évader parfois aux frontières du cercle arctique pour retrouver cette relation si singulière avec l’océan.

Crédit photo: Chris Burkard
Crédit photo: Chris Burkard

Le Nixon Surf Challenge qui s’est tenu en Norvège en 2011 et en Islande en 2013 dans des températures oscillant sous le point de congélation ainsi que l’exposition médiatique dont a bénéficié la pro surfeuse australienne Laura Enever lors de son passage en Islande en juin dernier démontrent cet engouement. Par ailleurs, les images très populaires de Chris Burkard, photographe senior chez Surfer Magazine qui gravite dans les sphères les plus froides de l’Atlantique Nord accompagné de certains des meilleurs surfeurs de la planète, font à la fois rêver, frissonner et surtout, génèrent un intérêt indéniable.

 

Mais le surf hivernal c’est avant tout plaisant en photo. La réalité, que bien des surfeurs canadiens connaissent, c’est que le surf hivernal, que ce soit dans l’océan ou dans la rivière, est un voyage aux frontières de nos limites physiques et psychologiques. Le surf hivernal, c’est faire du slalom entre les icebergs sur le fleuve Saint-Laurent pour éviter de briser nos planches; c’est conduire de nombreuses heures dans des tempêtes de neige pour espérer attraper les vagues que cette même tempête génère; c’est les larmes de douleur qui nous montent aux yeux lorsqu’on doit duckdiver à plusieurs reprises pour passer le break; c’est la peur, mais réellement la peur, de perdre des orteils parce qu’on ne les sent plus pendant de longues minutes malgré les bas de laine qu’on porte en dessous de nos booties. Pourtant, le surf d’hiver c’est aussi attraper des vagues magnifiques dans une eau limpide avec seulement deux ou trois amis avec qui partager ces vagues. Et surtout, le surf d’hiver, c’est cet indescriptible sentiment de fierté après une session particulièrement glaciale. Les anglophones appellent ça, le commitment.

Crédit photo: Julien Heon
Crédit photo: Julien Heon

Par Laurence Côté

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