Jianca Lazarus : la lionne dans la cour des grands

La photographe de surf Jianca Lazarus est une réelle force de la nature. Né à Johannesburg et grandit à Cape Town en Afrique du Sud, elle appris à surfer à Glen Beach et a manipulé sa première caméra à l’âge de 16 ans. L’état sauvage est son environnement de prédilection, mais ses aspirations, ancrées de détermination, l’ont dirigé loin de son confort pour faire sa place parmi les grands. À l’âge de 17 ans, Jianca quitte l’Afrique pour New-York, où elle chevauche le monde de la production vidéo et de l’événementiel, tout en développant sa signature artistique en photographie. De ses nombreux voyages notamment à Hawaï et au El Salvador, elle peaufine son art, laissant des traces réfléchies et sensées sur son passage. Ces photos arrivent même à toucher les plus critiques de l’industrie, notamment Red Bull, Surfers Journal et Patagonia, assez pour qu’elle puisse en vivre aujourd’hui et se consacrer entièrement à sa passion.

Du haut de ses 5 pieds, l’artiste autodidacte réussit à faire sa place dans l’eau parmi les meilleurs photographes et pros surfeurs d’Hawaï. Caméra muni d’un boiter résistant à l’eau sous la main, on l’aperçoit couramment dans les gigantesques vagues de Jaws à la recherche d’un cliché révélateur. Un quotidien qui fait rêver bon nombre de photographes! Son style de vie est toutefois bel et bien le fruit d’un travail acharné. À l’ère où les médias sociaux deviennent presque capitaux pour se vendre, Jianca choisit plutôt de s’investir davantage sur le terrain. Il semble que la qualité de son travail, de même que sa personnalité détrône toutes formes de publicités en ligne!

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Lors d’un projet commun : La perle des Antilles, avec Oxfam-Québec, nous avons eu la chance de s’entretenir avec elle et de lui poser quelques questions sur son parcours : ses motifs, ses obstacles, ses réussites et ses prochains projets.


ENTREVUE AVEC JIANCA LAZARUS

Comme tu es née en Afrique du Sud et ensuite déménagée à New-York autour de 17 ans, puis au Salvador et aujourd’hui à Hawaï, comment cette passion pour la photographie a-t-elle démarré à travers ton parcours?

Je me souviens quand ma grand-mère Josephine m’a donnée une vraie caméra pour mon anniversaire de 15 ou 16 ans. Des années plus tard, j’ai découvert que mon père était photographe quand il était plus jeune bien avant ma naissance. Cette connexion père-fille a déclenché mon engouement pour la photographie. Malheureusement, je n’ai jamais eu la chance de voir son travail. J’ai donc récemment décidé de rechercher les traces de son travail. Je veux créer une exposition père-fille présentant nos deux esprits et perspectives différentes en une collaboration générationnelle. En espérant en trouver!

Qu’est-ce qui est venu en premier : ta passion pour la photographie ou pour le surf?

Assez étrangement, elles sont arrivées en même temps. Le surf a commencé lorsque mon ami Sheri m’a emmenée dans ses vacances familiales à Durban, en Afrique du Sud. J’ai aussi regardé le concours de surf Gunston 500 qui m’a rendue accro. Je savais que c’était ce que je devais faire au-delà de tout. J’étais obsédée.

Il y a quelque chose d’enivrant dans tes photos. C’est peut-être la manière dont tu fais vibrer les couleurs entre elles. Comment expliques-tu ton style?

Je crois que la vie est tellement colorée que nous devons la montrer dans toutes ses variations. Montrer le bien comme le mal tel en est la réalité. Après tout, ce sont les histoires qui nous changent.

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Quels sont tes outils de travail?

Beaucoup et beaucoup de caméras différentes hahaha… La liste est longue, je devrais vous montrer mon document d’assurance hahaha. Non, mais sérieusement, j’utilise Canon depuis des années… 1dxMark2 est ma caméra de choix en ce moment, pour le commercial et puis les boîtiers d’eau Aquatech sont inclus en plus. Je m’amuse toujours avec ma caméra à pellicule. Il n’y a rien de tel que le film pour faire battre mon coeur.

Qu’est-ce que le métier de photographe à temps plein exige-t-il?

Je dis cela pour chacune de mes entrevues, même pour le surf : la patience… En fait, la patience envers soi-même. L’une des plus grandes aptitudes que j’ai eu à apprendre pour devenir photographe de surf. J’y travaille toujours! Comme rien n’est prévisible, en particulier, dans l’océan car tout change constamment, tu te croises les doigts pour que ton instinct te pousse à obtenir ce que tu veux présenter. Il faut donc bouger tranquillement avec patience. Parfois j’essaie d’aller trop vite pour capturer une shot en particulier et j’en paie le prix. Jongler avec le courant, mes respirations, 10 livres d’équipement, l’ouverture et le contrôle des cibles tout en essayant de nager et de maintenir un niveau d’énergie, ça laisse place aux erreurs. Alors, j’essaie d’être dans la meilleure forme qu’il soit. Je m’entraîne entre mes shoots. Je cours, je nage et me pratique à retenir mon souffle en plongée libre. Encore faut il que je sois patience avec mon corps! Nager sous l’eau pendant des périodes de 3 à 4 heures exige une grande rigueur.

Lorsqu’on feuillette les magazines de surf, rapidement on réalise qu’il y a peu de femmes photographes de surf. Pourquoi penses-tu qu’il n’y a autant pas de femmes qui pratique la photographie de surf?

La peur…de faire le saut dans une industrie dominée par les hommes. Ça change par contre, il y a de plus en plus de femmes qui ont leur voix dans l’industrie et sortent des sentiers battus et des normes pour créer des images qui ne passent pas du tout inaperçues.

Comment s’est de prendre sa place dans un monde d’homme?

Est-ce vraiment un monde d’homme? Je crois que nous, les femmes, nous le prétendons pour que les hommes puissent se sentir importants ahahah… just kidding. Je vous aime les hommes!

Ton travail a récemment été publié dans le Surfer Journal, dans un article intitulé «Super Patch». Tu as aussi capturé des images qui sont aujourd’hui utilisées par Redbull en Australie. Est-ce que ces opportunités ont créé un changement dans ta vie professionnelle?

Oui, cela m’a fait revenir à Hawaï, pour être complètement immergée des choses que j’aime le plus : l’océan. Je suis consciente qu’il y a plusieurs autres endroits pour vivre de la photographie de surf, mais Hawaï à cette énergie qui magnétise mon esprit. J’ai aussi fait le choix de me consacrer pleinement à la photographie et de ne plus travailler en production vidéo comme décoratrice de plateau.

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Qu’est-ce qui t’allume de la production vidéo, est-ce, à tes yeux, la continuité de la photographie?

Définitivement oui, pour créer de jolies images en histoires. C’est comme quand ton coeur saute un battement. Le saut c’est la photo capturée dans l’instant et les battements qui se poursuivent forment l’histoire de vie. J’essaie toujours, du mieux que je peux, de capturer l’essence des instants de vie pour laisser cet héritage derrière.

Quelles sont les dernières images que tu as capturées?

J’ai réalisé un article avec Kimi Werner @kimi_swimmy sur Instagram pour Untainted Mag basée sur l’idée de la pure et vraie beauté. Kimi est une championne mondiale de plongée en apnée libre et de pêche au harpon pour Patagonia.

Kimi Werner

Je suis certaine que tu as plusieurs nouveaux projets en vue. J’ai vu plusieurs photos de courses en paddle board sur ton Instagram. Est-ce que tu peux nous en parler davantage?

En juillet, je vais à Tahiti pour travailler sur la biographie de Liz Clarks pour Patagonia. Également, je compte couvrir la course de Molokai 2 Oahu World championship en paddle board. C’est la course que j’ai attendu toute l’année!

Entrevue originale par : Sophie Lachance. Traduit de l’anglais par : Catherine Bernier 


Jianca est également cofondatrice de l’organisation à but non lucratif Changing tides foundation qui rassemble un groupe de femmes ayant pour mission d’inspirer et de sensibiliser les gens à voyager consciencieusement.

Pour suivre la florissante Jianca Lazarus :

www.jiancalazarus.com

[email protected]

IG : jianca_lazarus

Projet Oxfam X OuiSurf X Jianca Lazarus : oui.surf/series/la-perle-des-antilles/