Surfer une vague infinie: le mascaret de Moncton

Et voilà une autre bonne raison de visiter le Nouveau-Brunswick : surfer le mascaret de Moncton, qui forme la plus longue vague en Amérique du Nord. Deux fois par jour, ce phénomène naturel provoque une vague dans la rivière Petitcodiac pouvant atteindre jusqu’à 75 cm de hauteur et une vingtaine de kilomètres de longueur. Nous avons discuté du phénomène avec Luc Richard, un surfeur et scientifique en génétique de Moncton pour qui le mascaret n’a plus de secret.

Tidalbore surfing Moncton
Photo: Serge Martin

De mythe à attraction touristique

Ce n’est qu’en 2013 que Luc a surfé le mascaret pour une première fois, mais ce n’est pas faute d’en avoir rêvé. Pour plusieurs générations à Moncton, le mascaret fut un mythe. Il existait bien quelques photos d’archives prouvant sa force d’antan – il pouvait atteindre jusqu’à deux mètres de hauteur -, mais dans les faits, nada. Alors les gens de la place en rêvaient, souhaitant le voir réapparaître dans toute sa splendeur un jour.

C’est que le mascaret a disparu après la construction d’un pont-jetée en 1968. Celui-ci étranglait la rivière, ce qui a empêché les vagues de se former pendant des années. Sous la pression des Sentinelles Petitcodiac Riverkeeper, un organisme dédié à la protection et à la restauration de la rivière, la ville a finalement ouvert les vannes du pont. Le mascaret est réapparu graduellement, au grand bonheur des surfeurs. À l’été 2013, Canadiens, Californiens et Français ont finalement pu surfer la plus longue vague en Amérique du Nord.

« On regardait ça de loin, on mindsurfait la vague depuis des années en attendant qu’elle ait assez d’amplitude pour surfer. Le monde pensait qu’on était fou ! Dans une ville comme ici, où il n’y avait pas de culture de surf, tu peux t’imaginer que c’est difficile d’avoir du stoke ou de donner du stoke. Mais quand ils ont finalement ouvert les vannes, la vague est devenue de plus en plus grosse. Une foule de monde est venue, même des surfeurs de la Californie, et on s’est finalement tous jetés à l’eau ensemble pour surfer le mascaret. » – Luc Richard

Comment se forme le mascaret

Le mascaret est causé par la rencontre des grandes marées de la Baie de Fundy aux eaux descendantes de la rivière Petitcodiac entre les villes de Moncton et de Riverview. Quand la marée montante de la baie rencontre le courant descendant de la rivière, la pression vient créer des vagues qui seront plus ou moins grosses en fonction des conditions et de l’amplitude des marées. C’est normalement 5 jours avant ou après la pleine lune et la nouvelle lune que les vagues sont les plus grosses. Les marées de la Baie de Fundy provoquent alors une vague pouvant atteindre jusqu’à 75 cm de hauteur et 13km/h de vitesse. Pour connaître les horaires du mascaret, on peut regarder ici ou alors sur le site de Pêches et Océans Canada.

« Le truc c’est de suivre les pleines lunes et d’observer les marées. Après, tout dépend de ce qui se passe dans la rivière à ce moment-là, que ce soit le débit ou le fond. »  – Luc Richard

Plusieurs facteurs influencent la hauteur des vagues. Selon les Sentinelles Petitcodiac Riverkeeper, la pente de la rivière, son écoulement à la source, la taille et la forme du bassin hydrographique, les phases de la lune, les saisons et les vents sont tous des éléments qui viennent également affecter le mascaret.

Photo: Serge Martin

Surfer dans la rivière chocolat 

Même si le phénomène inusité peut sembler attirant sur ton écran, la prudence est de mise. Le mascaret de Moncton ne s’adresse pas aux débutants et il est vivement déconseillé de s’y aventurer seul. D’excellentes aptitudes en natation, un wetsuit, un longboard et de l’expérience en surf de rivière sont obligatoires.

Selon Luc, le surf n’est d’ailleurs qu’une petite partie de l’expérience. La rivière représente un défi en soi. D’abord, il faut bien l’observer pour comprendre où se placer pour prendre la vague, sachant qu’il n’y a pas d’endroit désigné pour sauter à l’eau. Et encore faut-il aussi savoir gérer la rivière Petitcodiac, surnommée la rivière chocolat en raison de sa couleur. On doit pouvoir dealer avec les rives vaseuses, le courant très fort, les déchets urbains et les fonds inhospitaliers.

« L’eau est toujours brune et opaque. C’est parce que c’est de la vase en suspension, de petites particules fines. Il n’y a vraiment pas de lumière dans l’eau. Si tu prends une Go Pro et tu la submerges, tu ne verras absolument rien.» – Luc Richard

Curieux d’en savoir plus sur les mascarets ? Cet article sur le mascaret de Birmanie pourrait aussi t’intéresser.

Où voir passer la vague

Curieux de voir le phénomène mais pas tout à fait à l’aise de le surfer? Il est possible d’observer de près le mascaret tout en gardant les deux pieds sur terre. Plusieurs sites d’observation ont été aménagés entre Moncton et Riverview, dont le Parc du Mascaret à Moncton ou la piste cyclable qui passe par le pont Dunninsville.

Photo: Serge Martin

Info pratiques

• Où : Rivière Petitcodiac à Moncton au Nouveau-Brunswick.
• Quand : Deux fois par jours, mais surtout 5 jours avant ou après la pleine lune et la nouvelle lune. Plus le coefficient est élevé, plus haut sera le mascaret. Le coefficient est la différence entre la marée basse et la marée haute dans une journée. Pour connaître la prédiction des marées, il suffit de faire un saut sur le site de Pêches et Océans Canada.
• Équipement : Tu peux surfer le mascaret de Moncton avec ton longboard ou ton SUP, en plus de ton wetsuit et ta forme physique olympique pour survivre au courant de la Petitcodiac. Et surtout n’oublie rien à la maison : il n’y a pas encore de surf shop à Moncton.

À l’été 2013, des Californiens ont surfé le mascaret de la rivière Petitcodiac sur une vingtaine de kilomètres jusqu’à Moncton.

Sources :
Sentinelles Petitcodiac Riverkeeper
Vision d’avenir du secteur riverain à Moncton : Petitcodiac