Montréal, ville de surf !?

Texte par Claude Bernier

« Montréal, ville de surf » m’annonçait La Presse, à l’époque du papier. Je veux bien croire que le surf est une culture en soi qui chill sur les cours d’eau de la planète depuis des millénaires. Mais Montréal, avec ses racines ancrées dans de longues vagues hivernales? J’hésite.

N’empêche qu’il n’est pas interdit de rêver, même si c’est plus difficile au lendemain de l’élection américaine. En fait, avec un président voisin qui ne croit pas plus au réchauffement climatique qu’au père Noël, nos chances de surfer des tubes en ville viennent d’augmenter, de 30 pieds. Et même si la NASA parle d’une montée du niveau de la mer d’à peine 1 mètre d’ici 100 à 200 ans, il n’est pas interdit de rêver…

Le stade Olympique deviendrait inévitablement un centre de surf intérieur.

Montréal, océanique ! De voir l’océan au large de Terre-Neuve. Et le vent qui lui transfère son énergie en particules d’eau. Qui s’organisent, qui trouvent leur rythme. Qui forment des vaguelettes en face de Rivière-du-Loup (engloutie). Qui prennent de la vitesse, assez pour que le mur de sable de fond du port de Montréal les transforme en belles droites de 5 pieds ! Niiice.  

Montréal, Île de surf ! Au sud de l’archipel de Laval, ce qui donne un peu froid dans le dos quand on y pense… Mais il y a tellement de bonnes jokes de surfeurs lavallois qu’on l’oublie vite. Puis, inévitablement, de farce en farce, la formation de petites sociétés de surf, regroupées comme des vaguelettes, qui s’éloignent avant de frapper le mur classique des gangs de surf. Surtout des kooks, des punks, des dedicated nothings et des beach bunnies comme Mickey Dora le disait, ce qui porte à la réflexion quand même.

Comme Montréal est déjà fluviale, de quartiers en banlieues, sa population garderait probablement les mêmes divisions au fil des vagues, certaines incapables de surfer et d’autres qui donneraient du coude pour protéger leurs territoires. Mais qui, et où? Surfeur longueuillois et cinglant, je me permets donc de brosser un portrait océano-historique d’un Montréal surf et futuriste en retraçant quelques particularités de l’évolution de ses quartiers.

Hochelaga

Un territoire de fermes perpendiculaires au fleuve depuis 1664. Un accès direct à la plage, donc! Un quartier parfait pour les manufactures et leurs ouvriers qui s’installent le long de la beach. Des conditions idéales pour l’établissement de fucking punks, un terme issu des années 60 qui désigne ceux qui envoient chier les kooks et tous ceux qui ne sont pas de la place. Hochelaga serait donc rempli des surfeurs locaux qui se rassembleraient à leur plage pour protéger leur territoire contre les étrangers. Juste un peu trop d’amour pour leur coin de pays, finalement. Mais peut-on leur en vouloir?

Centre-ville

Les professionnels qui y travaillent prendraient leur dose de surf sur les plus belles vagues et avec les meilleurs moyens. Ce sont les requins de la finance, après tout. Ils délaisseraient tranquillement le Plateau pour s’établir convenablement à Griffintown et Notre-Dame-de-Grâce. La vague (déferlante) d’immigration française des dernières années expliquerait en partie cette transposition de classes. Riches d’une culture du surf enracinée dans la cinématographie de Nice, les Français installés accueilleraient la montée des eaux avec euphorie et s’assureraient rapidement de partager leur héritage sur toutes les plages du quartier…


Villeray

Avant 1870, Villeray c’est de la campagne agricole. On y trouve aussi plusieurs carrières d’extraction de matériaux de construction. Puis, pendant la révolution industrielle de 1900, des Italiens s’y installent avant l’arrivée des immigrants haïtiens et de ceux d’Amérique latine, des pays asiatiques et d’Afrique du Nord.

Des miniers donc, un peu rochers sur l’eau. Du bon monde et peut-être quelques pieds marins qui surferaient toujours en kooks. D’ailleurs, Villeray a déjà son surf shop. Toutefois, en raison de l’abandon du projet municipal qui viserait à réfectionner la vague du lac Jarry (trop molle d’avril à novembre avant de geler), la boutique ne vendrait plus que des vêtements dans le vent.


Longueuil

Represent ! Située sur la rive tranquille du fleuve, loin des chicanes de surfeurs. À l’époque, les agressions iroquoises « freinent l’établissement des colons »… Et pendant la guerre d’Indépendance, 300 futurs Américains y installent leurs troupes pour l’hiver, avant de retourner dans le Sud.

Un point de rencontre exceptionnel pour les dedicated nothings, ces surfeurs d’opposition entre le fait de se dévouer entièrement à une passion (dedicated) sans rien en attendre en retour (nothing) sinon le plaisir qu’on en retire. Le fait de surfer pour les bonnes raisons finalement. L’Amour, le vrai. À l’opposé de celui de St-Lambert et de ses concitoyens qui se plaindraient non seulement du bruit des festivals mais aussi des celui des vagues, alors que beaucoup d’entre eux en profiteraient. Beaucoup de bons surfeurs et de très belles vagues dont ils parleraient peu toutefois, ou entre eux. Et un syndrome de la facilité, typique des banlieues de haute classe moyenne comme en témoignerait le grand nombre de longboards dans les rues.

Laval

L’île Jésus… La deuxième plus grande du Québec. Peut-être les premiers à marcher sur l’eau finalement. Le peuplement commence en 1672 et le territoire demeure majoritairement rural. Beaucoup d’églises, un village et des filles. Certaines d’entre elles magasineraient (encore) à temps plein. Les autres beach bunnies passeraient la plus grande partie de leur temps à la plage. Malheureusement, le relief sous-marin de Laval serait propice à la formation de vagues de moins de 2 pieds. C’est pourquoi les surfeurs lavallois seraient à l’origine de la popularisation du surf en salle et de ses vagues hydroélectriques.

Suite à la réélection du maire Vaillancourt à sa sortie de prison en 2023 (à l’âge de 82 ans, tough le gars), plusieurs Lavallois commenceraient à immigrer à Boucherville. Beaucoup de couples qui n’en pourraient plus des plages surchargées achèteraient des résidences haut de gamme avec pignon sur l’océan, privant les surfeurs de la rive-sud de certaines de leurs plus belles vagues. La situation géographique de Boucherville lui confèrerait effectivement parmi les plus belles vagues de la province, mais rares seraient ceux qui pourraient les surfer.


Puis, aux quatre coins

Il y aurait les grommets, dérivés de gremlins, qui seraient partout. Jeunes, insolents, enthousiastes, qui surferaient mieux que les plus vieux surtout. Qui piqueraient les vagues à tout le monde, dans l’eau du matin au soir, qui ne seraient jamais essoufflés, qui surferaient les moutons d’un pied, qui poperaient des 360 dans ta face. Les vrais Kings de la beach, avec leurs planches fluo et toutes les filles.

Bien entendu, comme toutes les études sociologiques rigoureuses et partiales… celle-ci gagnerait à être étoffée en témoignages de surfeurs, de Montréal et d’ailleurs. Est-ce que le phénomène des gangs de surf est encore d’actualité ? Quelles sont celles qui ont été oubliées ? Est-ce que Laval mérite ses jokes de surf ? Bref, comme les meilleurs débats sont souvent ludiques, celui-ci est lancé !

Vagues, béton et Amour.
C. Bern.