Qualité de l’eau du fleuve à Montréal: sécuritaire pour le surf et le SUP?

On s’entend, le Saint-Laurent n’est pas la mer des Caraïbes. Sa couleur tire sur le brun, parfois il pue et sa réputation est, disons-le, pas fameuse. Mais au-delà des apparences, la qualité de l’eau du fleuve est-elle assez bonne pour faire du surf, du SUP ou te baigner à Montréal sans craindre pour ta vie?

Photo de couverture: Alexandra Côté-Durrer

L’eau du fleuve Saint-Laurent: une eau de qualité?

«Le fleuve a une eau de qualité, profitons-en!», s’écriait Valérie Plante avant de sauter à l’eau le 3 juillet dernier. Simple coup de pub ou déclaration du fond du cœur de la mairesse de Montréal?

Se baigner dans l'eau du fleuve Saint-Laurent
La mairesse de Montréal Valérie Plante se lance à l’eau lors du Grand Splash 2018. Photo: Patrick Sanfaçon, La Presse

Ce jour-là, la qualité de l’eau du fleuve était de 56 coliformes fécaux/100 ml, ce qui est nettement en dessous de la limite de 200 recommandée par le gouvernement du Québec pour faire une saucette sans danger. On est bien loin du Gange, dont le score dépasserait de 3000 fois cette limite. Pourtant, 53% des Québécois n’oseraient pas s’y baigner. Pourquoi un tel dédain?


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Petite histoire de la baignade dans le Saint-Laurent

En 1950, il y avait une cinquantaine de plages dans la région de Montréal. En 1981, il n’en restait plus que 7. Que s’est-il passé?

La croissance de la population urbaine, l’industrialisation et l’intensification des activités agricoles sur les rives ont grandement affecté la qualité de l’eau du fleuve. Pour te donner une idée, la ville de Montréal y déversait ses eaux usées sans même les traiter.

Petit à petit, la mauvaise qualité de l’eau a commencé à créer des problèmes de santé publique – comme des épidémies de gastro – et la plupart des plages ont été fermées. Après avoir réalisé l’ampleur du problème dans les années 1960, le gouvernement du Québec a mis beaucoup d’efforts dans le développement des solutions d’assainissement urbaines et industrielles. En 1970, la Régie des eaux du Québec a ordonné à la Communauté urbaine de Montréal de construire une usine d’épuration des eaux usées. La construction s’est terminée en 1986, et «la qualité des plans d’eau autour de l’île s’est grandement améliorée» depuis, selon la ville de Montréal.  

La situation actuelle

La situation est toutefois encore loin d’être parfaite, surtout quand on pense au scandale du Flushgate ou aux fameuses surverses.

Quand de fortes pluies s’abattent sur la ville, il arrive que le réseau de collecte n’arrive pas à fournir. Les eaux usées se retrouvent alors directement dans le Saint-Laurent, sans passer par la station d’épuration. Selon des données fournies par la ville, il y aurait en moyenne 24 épisodes de débordement par année, surtout en été. Heureusement, ce chiffre devrait réduire quand la ville aura complété la construction de cinq bassins de rétention en 2020.

Qualité eau du fleuve Saint-Laurent
Photo: Scandale du Flushgate, crédit La Presse

En plus de ça, il y a le problème des raccordements inversés, qui toucherait pas moins du tiers du réseau de l’île de Montréal. Les contenus des toilettes des immeubles mal raccordés sont alors déversés dans le réseau d’égout pluvial à la place du réseau d’égout sanitaire et se retrouvent donc directement dans le fleuve. La Ville de Montréal affirme être sur ce cas, mais il faudra attendre quelques années avant de trouver et de réparer toutes les installations fautives. 

Tout est dans le timing

Donc oui, on peut se baigner dans le fleuve, mais pas n’importe où et pas n’importe quand. Règle générale, tu devrais éviter le fleuve au moins 48h après de fortes averses, quand il y a de grosses chances que le réseau d’égouts ait débordé. Le contenu des toilettes de Montréal se retrouve alors dans notre beau fleuve, principalement dans le chenal de navigation et au nord de celui-ci. Tu ne veux pas prendre un bouillon cette journée-là!


« L’idée que l’eau du fleuve bordant l’île de Montréal ne soit pas de bonne qualité, est trompeuse. » – Alain Saladzius, membre du Comité citoyen Montréal Baignade.


Comment choisir le bon spot

Le risque diminue lorsque le soleil brille depuis quelques jours. Pour avoir l’heure juste, tu peux consulter la carte interactive du réseau de suivi aquatique. La ville y publie les résultats d’analyses bactériologiques menées chaque semaine. Attention toutefois, les données sont publiées 24 à 48h après les analyses. La situation peut donc avoir changé entretemps.

Suivi de la qualité de l'eau du fleuve à Montréal
Aperçu des données disponibles en juillet sur le site du Réseau de suivi des données aquatiques de Montréal

Pour te jeter à l’eau l’esprit tranquille, mieux vaut combiner ces résultats avec ceux issus du Programme Environnement Plage, qui publie des données relatives aux plages de la région de Montréal, mais aussi d’ailleurs au Québec. Avec ça, tu pourras profiter du fleuve Saint-Laurent sans crainte, ou presque.


Surprise, surprise! Quand on a comparé les données disponibles en juillet 2018, l’eau du fleuve était plus propre à Habitat 67 que celle du lac Massawippi à la plage de North Hatley.


Quels sont les risques?

Le pire qui pourrait t’arriver en avalant un bouillon? Si tu t’es bien renseigné et que tu as tenu compte de la météo des derniers jours, le risque sera minime. C’est quand la qualité de l’eau est mauvaise que ta santé risque d’être affectée.

Selon le gouvernement du Québec, les problèmes de santé liés aux eaux de baignade contaminées sont majoritairement bénins et ne nécessitent pas de traitement. On parle surtout d’infections aux yeux, aux oreilles ou à la gorge et de troubles gastro-intestinaux.

Mais avant de partir en peur, parles-en à nos amis de KSF, pour qui l’eau du fleuve n’a aucun secret. Après 23 ans de barbotage sur la vague à Guy, ils semblent encore jouir d’une santé du tonnerre!

Le mot d’ordre : t’informer. Le deuxième : si tu tombes, ferme la bouche!

Have fun!